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Franko, One Love seraient des apprentis du freestyle…Voici les vraies règles

« Ce que les rappeurs font de nos jours là c’est pas du freestyle, quelqu’un écrit un texte et il dit que c’est du freestyle » Krotal, rappeur Camerounais

Le mot « Freestyle » se traduit littéralement comme « Style libre ». Très souvent employé dans le sport et dans le hip hop (dessin, musique, danse), le « Freestyle » consiste à produire une performance non préparée. ça peut être un graffiti, une danse, une figure de démonstration, ou alors un Rap.

Cette notion devient complexe au fil du temps.Le RAP n’est plus la seul style musical dans lequel on fait du freestyle. Reggae, Rn’b, coupé décalé, Akalaku et bien d’autres l’ont intégré au fil du temps. Mais quelle est l’origine?

Selon la plupart des articles que j’ai lu, les films et témoignages d’artistes que j’ai vu, le freestyle RAP à la base, c’était de l’improvisation. Né dans les block party aux USA dans les années 70, il consistait pour un Emcee (rappeur ou conteur de mots) , à offrir une performance sur un beat mixé par un Deejay, ou alors sur un beat box, parfois pouvait aussi se faire en a Capella. La série « The get down » montre comment le freestyle se faisait à la génèse.

A cette époque, il existait deux sortes de freestyleurs, les « récitateurs » et les improvisateurs. Mais pour faire ses preuves il fallait réussir à s’imposer en IMPRO. C’est le cas des meilleurs clasheurs de rue. La plupart d’eux était spontanés et s’inspiraient de ce qu’il y’avait autour d’eux pour lâcher dans leurs rimes.

Le freestyle improvisé est un exercice assez complexe, car il demande l’intuition de plusieurs capacités intelligentes. Trois critères majeurs font son essence :

La spontanéité 

c’est comme si on demandait à l’artiste de faire un morceau sur place, il doit en l’espace de quelques tierces de secondes trouver, les mots, les rimes qu’il doit enchaîner progressivement sur la musique.

La pertinence

De quoi parle t’il? quel effet cela produit sur les gens? Jusqu’où pousse t’il son intuition ? Voilà des questions auxquelles celui qui écoute un freestyle improvisé attend la réponse. C’est d’ailleurs de là qu’est née le concept de « Punchline », des phrases fortes et surprenantes et intelligentes qui agissaient sur les affects (définition base). C’est un grand exercice cérébral.

La technique

Quand on fait du freestyle, on se synchronise avec un beat, et on va devoir produire des techniques verbales semblables à celle de l’écriture. Sauf que c’est improvisé. On reconnait par là les meilleurs, ceux qui sont capable de faire des rimes multisyllabiques, de phaser, de faire la même rime ou la même assonance sur plusieurs mesures. Ou alors de changer de flow, en y mettant des techniques.

L’évolution du freestyle

Dans les années 2000, avec la vulgarisation du rap, les rappeurs ont commencé à mettre dans leurs albums des pistes bonus qu’ils appelait « Freestyle ». Très souvent, ces morceaux semblaient être improvisés, mais difficile à vérifier. D’autres reprenaient juste un texte écrit sur une mixtape. Le freestyle commence à changer avec les showcases radio et les cyphers. Désormais l’enjeu est aussi commercial, donc le rappeur a intérêt à assurer. C’est la raison pour laquelle la plupart d’eux les écrivent avant d’aller performer. La définition change donc dès lors « Aptitude à adapter un texte écrit ou improvisé sur un beat donné ». L’exercice difficile qu’était le Freestyle RAP devient donc plus facile. Néanmoins il existe toujours des maniaques de l’impro. C’est le cas d’Eminem qui est l’un des plus grands improvisateurs de tous les temps.

Du texte adapté aux morceaux freestyle !

Dans sa mixtape « Autopsie vol 2 », Booba avait plusieurs pistes Freestyle dans lesquels il reprennait les textes de ses morceaux sur d’autres beats. C’est devenue pour la plupart des rappeurs ont changé la définition de Freestyle. Aux Usa, on verra des rappeurs comme Lil wayne, Drake, Meek Mill et bien d’autres font des « Freestyle radio » avec des textes écrits sur leurs portables. Meme s’il y’a toujours le facteur exclusivité, la chaleur de l’impro n’existe plus.

Sarkodie : Une exemple de freestyle

Revenons aux morceaux « Freestyle ». On vit aujourd’hui une extrapolation du mot, pour la simple raison que le Rap a beaucoup évolué, notamment au niveau de sa musique. De nos jours, on a des morceaux totalement écrits enregistrés et répétés qu’on appelle Freestyle. Cela peut s’expliquer par le fait que le RAP est passé de la passion au commercial, les beats ont changé et ne sont plus aussi classiques qu’autrefois. Aussi, la plupart des RAP qu’on écoute de nos jours sont dans des styles mixtes, avec de la pop, un excès de Trap dansant, ou alors un Afro Trap.

De nombreux rappeurs considèrent aujourd’hui le freestyle comme une performance spéciale, différente du format courant des morceaux, sur un beat rap avec un côté hardcore. Qui n’a pas forcément un objectif commercial, plus considéré comme preuve de la capacité à rap. Enregistré en studio, très souvent bien préparé, écrit et répété. Autrement dit de nos jours le freestyle est une performance RAP égotrip et clash, ou alors simplement une mixtape Face B (cad sur un beat sur d’une chanson). Conséquence du recul du RAP authentique sur le marché.

Au Cameroun…

Depuis quelques temps, plusieurs rappeurs Camerounais offrent des morceaux qu’ils appellent freestyles, c’est le cas de Tenor, Nernos, Sir Nostra, Franko, Bog Tag, Ivee, Mink’s et bien d’autres. En effet ces performances sont pour la plupart soit des morceaux bien préparées, autrement dit des morceaux. Certains sont des morceaux studio et d’autres sont faites en direct. Néanmoins toujours est’il que rien n’est improvisé.

L’un des rares qu’on pourrait qualifier de Freestyle RAP digne du nom, sur la base des critères cités ci haut c’est la performance « Meet TAG Pt1 (Freestyle Session) » du Rappeur Boy Tag. Il mélange du texte et de l’impro, son passage d’un beat à l’autre, ses hésitations, le contenu de son texte, l’énergie qu’il libère et même le ton de son vocal.

Retenons donc qu’il existe :

Des Freestyle IMPRO (Les vrais), ça peut se mélanger avec des textes mais sans que ceux ci ne dominent.
Le freestyle récité (Pré-écrit et adapté sur un beat) qui est le plus vulgaire sur Face B
Les morceaux dits « freestyle » qui en effet sont simplement des morceaux à part entière

NB: Le Freestyle peut se faire en A capella ou sur un Beat. Très souvent, il n’a pas de thèmes mais il peut en voir. Ou alors peut se faire sous proposition de jeu de mots. C’est le cas avec les rappeurs Francais Oli et Big Flo. Avec des concepts tels que Rap Contender, la culture de l’impro reste toujours existante et de nombreux rappeurs s’y prêtent durant les battles.

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