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Destruction de l’édifice de Ruben Um Nyobe: le Cameroun, un pays compliqué!

Mon ami et frère Mathieu Youmbi vient de poster sur les réseaux sociaux, une vidéo sur laquelle on voit des chefs sawa détruire un édifice qui devrait être érigé en mémoire de Ruben Um Nyobe.

En partageant cette vidéo parmi mes amis, j’étais sûr que cela allait entrainer des réactions indignées, viriles et tendues.

Mais contrairement à beaucoup, je suis plutôt content de constater que ces chefs Sawa ont bien mis les pieds dans les plats ; qu’ils vont, par cet acte, crever bien des abcès.

Dieudonné Essomba et moi avertissons tous les jours

Lorsque nous disons, chacun à sa manière, que dans un pays comme le nôtre on ne peut pas nier l’ethnicité, surtout après les 36 années catastrophiques de Paul Biya au pouvoir, on se fait insulter.

Ceux qui sont offusqués par l’acte des chefs Sawa, se sont-ils mis à leur place ?

A la place de la communauté Douala dans le Wouri qui se sent de plus en plus à l’étroit ?

Sur ma page, la condamnation de cet acte est quasi unanime ; mais allez dans la communauté Douala en particulier, Sawa en général, vous verrez que ce sera un autre son de cloche et ces chefs Sawa passeront pour des héros.

Cela veut dire quoi ? Que la société camerounaise est fragmentée et depuis la mise en place de cette constitution où les termes allogènes et autochtones sont consacrés, les choses se sont aggravées partout : je dis bien partout.

MON ARRONDISSEMENT DANS LA MENOUA

Ceux qui critiquent violemment cet acte, manifestement illégal, devraient se demander si dans leur village, leurs régions d’origine, les lieux de cultes des ancêtres étaient bradés par une administration irresponsable, corrompue… ils seraient contents.

A l’Ouest, chez moi, il y a des lieux symboliques et je ne suis pas sûr que si on y installait, avec la tension tribale actuelle, un monument à la gloire de Martin Paul Samba, Douala Manga Bell…cela ne heurterait pas les populations de manière particulièrement violente.

Mon arrondissement, Nkong Ni, dans la Menoua, est constitué de deux grands groupements : le groupement Bafou et le groupement Baleveng. Le premier est nettement plus peuplé que le second.

Nos parents avaient trouvé un accord singulier: si le député était de Baleveng, le maire devait être automatiquement Bafou et vice versa.

Cela me paraissait être une très bonne décision de nature à améliorer le vivre ensemble.

Aujourd’hui, certains Bafou de mon groupement, mus par une stupide hégémonie due au grand nombre d’habitants, veulent annuler cet accord pourtant de bon sens pour tout rafler lors des prochaines élections.

S’ils arrivent à leur fin, les Baleveng se trouveront aussi courroucés que les Douala qui voient tout leur échapper dans leur village d’origine.

Allez sur une grande place à Maroua, Garoua, Kousseri et essayez de placer un monument en la mémoire de Monseigneur Jean Zoa par exemple alors que la dépouille de l’ex président Ahidjo est « séquestrée » à l’étranger par la faute du pouvoir…on en reparlera après.

J’insiste que si dans mon village, l’Etat en venait à brader les terrains où se déroulent les cérémonies traditionnelles pour créer une cimenterie, un hôtel…nous n’accepterions pas sans broncher, même couards comme nous sommes.

Dans presque tous les coins du pays, la constitution et le tribalisme exacerbé de monsieur Biya ont créé ce type de tension plus ou moins latentes.

QUE FAIRE ?

Si je ne peux pas applaudir en regardant ces images des chefs Sawa, je les comprends. C’est pour cela que depuis le départ, je demande que ceux qui aspirent à remplacer Paul Biya nous produisent leurs programmes.

Ces programmes devraient nous indiquer clairement comment faire pour que chaque camerounais soit fier de l’être et se dise qu’il vit dans les mêmes conditions que les autres : avec les mêmes avantages, les mêmes possibilités, le même respect pour sa spécificité.

C’est un travail colossal qui exige beaucoup de doigté, mais qui est indispensable pour que ce pays n’explose pas, une fois le “Renouveau” rangé dans les poubelles de l’histoire.

C’est aussi pour cela que contre vent et marée, je soutiens Dieudonné Essomba qui, mieux que quiconque, a compris la nécessité de pacifier les communautés en instaurant un fédéralisme ouvert.

Dans ce type de fédéralisme, pour installer une telle œuvre, un referendum aurait pu être le juge de paix : des élus responsables auraient pu en même temps, mettre en valeur des icônes historiques locales, pour que « tout le monde soit content ».

Maintenant, on peut vociférer, baver sur ces chefs Sawa: est-ce que cela réglera un problème qui demeure entier ? Est-ce que cela apaisera leur colère ? Est-ce que cela empêchera que face à eux demain, des bassas de Douala se sentent légitimes pour défendre la statue d’un des leurs, au risque de provoquer un affrontement sanglant ?

Il faut régler les problèmes par l’anticipation. Biya en est incapable. Les dirigeants de demain doivent travailler sur des programmes en tenant compte de nos spécificités.

Mais ils doivent surtout d’aller droit vers le fédéralisme.

Journaliste: Benjamin Zebaze

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